L’Agence de Régulation du Secteur de l’Électricité (ARSEL) a conduit un audit des charges de combustibles utilisées dans les centrales thermiques d’ENEO et de Dibamba Power Development Company (DPDC) au titre de l’exercice 2025. Cette initiative vise à fiabiliser les données relatives aux combustibles et lubrifiants et à garantir une meilleure maîtrise des charges intégrées dans la formation du tarif de l’électricité.
Dans le cadre de ses missions de suivi et de contrôle des activités des opérateurs du secteur de l’électricité, l’ARSEL poursuit ses actions en faveur de la transparence et de l’optimisation des coûts de production de l’énergie électrique.
Au cœur de cette démarche, l’audit des charges de combustibles de l’exercice 2025 constitue un exercice majeur. En effet, le coût des combustibles utilisés dans les centrales thermiques fait partie des charges supportées pour la production de l’électricité et intervient dans la détermination du revenu maximum autorisé ainsi que, plus largement, dans le processus de régulation tarifaire.
L’exercice d’audit intervient dans un contexte marqué par une utilisation accrue des centrales thermiques, notamment en raison de la baisse de la production hydroélectrique et de la nécessité de maintenir l’équilibre et la stabilité des réseaux interconnectés. À cette situation s’ajoutent les effets de la conjoncture internationale sur les prix des combustibles.
Pour mener à bien cette mission, les équipes de l’ARSEL ont procédé à la collecte et à l’analyse de différentes pièces justificatives, notamment les rapports de production, les fiches de stocks, les bordereaux de livraison et de réception des combustibles et lubrifiants, les factures ainsi que les contrats conclus avec les fournisseurs.
Cette approche documentaire a été complétée par des descentes sur le terrain dans plusieurs centrales thermiques afin de confronter les données déclarées aux réalités opérationnelles.
L’objectif était notamment de déterminer les volumes effectivement livrés, réceptionnés et consommés, de vérifier leur cohérence avec les quantités d’énergie produites et de s’assurer de la conformité des prix appliqués avec les références réglementaires ou contractuelles en vigueur.
Les travaux ont notamment porté sur le LFO (gasoil), le HFO 1500 (fuel lourd) ainsi que les lubrifiants utilisés dans les centrales thermiques.
Pour le LFO, l’audit retient une disponibilité annuelle de plusieurs dizaines de millions de litres, pour un montant évalué à plusieurs dizaines de milliards de FCFA, sur la base du prix moyen communiqué dans le rapport.
Concernant le HFO 1500, le volume consommé en 2025 est estimé à plusieurs centaines de milliers de litres, correspondant à un montant de plusieurs centaines de millions de FCFA.
S’agissant des lubrifiants, le volume réceptionné dans les centrales visitées est estimé à plusieurs dizaines de milliers de litres, tandis que la disponibilité annuelle déterminée à partir des données de stocks s’établit à un niveau inférieur. Le montant retenu dans l’audit pour les lubrifiants est de plusieurs centaines de millions de FCFA, sous réserve de la complétude des données disponibles.
L’un des principaux enseignements de l’audit concerne le rapprochement entre les charges déclarées et les charges retenues à l’issue des vérifications.
Selon les conclusions provisoires du rapport, le montant des charges de combustibles auditées au titre de l’exercice 2025 s’établit à plusieurs dizaines de milliards de FCFA, contre un montant plus élevé déclaré par ENEO, soit un écart de plusieurs milliards de FCFA.
L’ARSEL précise toutefois que ces résultats demeurent susceptibles d’évoluer à l’issue des séances de travail contradictoires qui permettront de confronter les conclusions de l’audit avec les équipes d’ENEO et, le cas échéant, d’intégrer des éléments justificatifs complémentaires.
Cette démarche contradictoire constitue une étape essentielle du processus de régulation : elle permet de consolider les données, de clarifier les écarts constatés et d’arrêter, sur une base documentée, les charges effectivement admissibles.
Au-delà des données financières, les descentes effectuées sur les sites ont permis d’identifier plusieurs insuffisances susceptibles d’affecter la traçabilité et le suivi des combustibles.
Les équipes d’audit ont notamment relevé l’absence de compteurs fuel individuels sur les groupes des centrales thermiques d’ENEO ainsi que la défectuosité de certains équipements de mesure dans les zones de dépotage.
La mission a également constaté des contraintes liées à la capacité de stockage de certaines centrales, ainsi que la dégradation d’infrastructures sur plusieurs sites.
Le rapport relève par ailleurs qu’en 2025, le test annuel de performance prévu dans le cadre du Tolling Agreement n’a pas pu être réalisé à la centrale de Dibamba, faute de mise à disposition du fuel nécessaire à son exécution. Les valeurs issues du dernier test réalisé ont ainsi été reconduites.
Face à ces constats, l’ARSEL formule plusieurs recommandations visant à améliorer le dispositif de suivi et de contrôle.
L’Agence prévoit notamment d’organiser des séances de travail avec les équipes d’ENEO afin de procéder à la validation contradictoire des charges de combustibles de l’exercice 2025.
Le rapport recommande également de renforcer les dispositifs de mesure et de traçabilité, notamment à travers l’installation de compteurs fuel dans les centrales thermiques, la transmission des documents justificatifs manquants relatifs aux livraisons de combustibles et de lubrifiants, ainsi que la réhabilitation de certaines infrastructures des centrales concernées.
La fiabilisation des volumes consommés, la vérification des prix appliqués, le rapprochement entre combustibles utilisés et énergie produite ainsi que l’amélioration de la traçabilité des approvisionnements constituent autant de leviers permettant de disposer de données plus fiables pour les exercices de régulation tarifaire.
Au-delà de la seule vérification comptable, l’enjeu est de s’assurer que les charges effectivement supportées par le secteur sont correctement documentées, justifiées et intégrées dans le respect des règles de régulation.
À travers cette démarche, l’ARSEL entend ainsi contribuer à une meilleure efficacité du système électrique et à la protection des intérêts des consommateurs, en veillant à ce que les coûts intégrés dans le processus tarifaire reposent sur des données fiables, vérifiables et établies de manière contradictoire.
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